mercredi 4 novembre 2026

Secret Life – Nineteen Eighty Four

Walhalla recs, label belge spécialisé dans la compilation pointue, a rassemblé en 2011 les rares productions de Secret Life : une cassette et un 7" édités au milieu des années 80. Le disque, sobrement intitulé 1984, répertorie un autre belle page de la scène belge. A la différence de nombreux compatriotes, l'accent n'est pas mis ici sur les ambiances synthétiques. On navigue en pleine cold wave, basse façon Hook / Gallup, guitare chorus et chant légèrement Siouxsie. La voix de Liz Vereycken me fait même penser à Nina Hagen par moment.

Dégoté au hasard d'une convention hollandaise, ce disque permet de vérifier qu'il reste des trouvailles à faire, même après des décennies de dig de bacs.


Deux morceaux bonus enregistrés Live figurent à la fin du disque. J'aime beaucoup l'inédit The Question, au fumet franchement Banshees sur The Scream / Christian Death sur Catastrophe Ballet.


Jo Lemaire + Flouz peut servir d'autre point de comparaison, si tu kiffes la scène belge. Sans réinventer l'eau chaude, Secret Life va au bout de ses idées avec élégance et talent, bien au-delà de mes espérances. Le disque reste un secret bien gardé, il est épuisé auprès du label mais se trouve encore d'occasion à un tarif raisonnable. (Phil)




mardi 3 novembre 2026

Zounds ‎– The Curse Of Zounds

On pourra débattre à l'infini pour déterminer si les Zounds jouaient de l'anarcho-punk ou du post-punk. Je pense qu'ils cochaient les deux cases, comme The Mob, Desperate Bicycles, Astronauts. (liste non-exhaustive)

Après des débuts éclatants sous la forme du single Can't Cheat Karma / War / Subvert sur Crass recs, les Zounds ont fait affaire avec Rough Trade pour un album, The Curse Of Zounds, paru en 1981. Devenu une pierre angulaire de la discothèque P&C, il s'affine avec le temps. Hormis le son de caisse claire qui me parait daté, l'ensemble sonne encore complètement ad hoc.


Contrairement à d'autres groupes (Crass, Flux of Pink Indians, etc.) Zounds n'utilisaient pas ou peu de distorsion, la production se rapproche davantage d'un Ruts ou d'un Clash que d'un Pistols. Ça rend leur musique, et par conséquent leur message, plus accessible.


L'album a été repressé à de multiples reprises, il se trouve aussi en format CD allongé des premiers 7" en bonus. Je pense que le groupe reste mal connu du grand public, j'ai vu certaines copies prendre gentiment la poussière chez les disquaires. 


Le groupe avait fait un retour timide au début des années 2000, quelques EP, puis un nouvel album The Redemption Of Zounds en 2011. C'est un chouette disque, à mon goût nettement en dessous de son illustre ainé. (Phil)






lundi 2 novembre 2026

Ami Marie – Verrückt Nach Glück

Cette pépite allemande, parue en 1981, est restée confidentielle pendant longtemps. Il n'existe pas beaucoup d'informations sur son créateur et les productions se comptent sur les doigts d'une main : un LP et trois singles. 

Possiblement, Ami Marie n'a pas trouvé son public à la sortie du disque. Son contenu minimal électronique est dépourvu d'emballage pop. Des décennies plus tard, je me délecte justement de ses ambiances. La filiation avec Kraftwerk parait évidente, mais Verrückt Nach Glück présente aussi une facette féminine à la manière d'un Visage. Si les deux noms t'interpellent, une écoute du premier titre extrait de l'album, Wir Sind Zufrieden, est obligatoire.


Souvent classé dans la Neue Deutsche Welle, Ami Marie se distingue par une simplicité et une justesse qui lui ont permis de passer les affres du temps sans souci. L'album sonne presqu'actuel, dans le sens où un grand nombre de groupes jouant minimal aujourd'hui s'approchent de ce genre de sons.


A la réécoute du disque, d'autres références s'insinuent : Dark Day, John Foxx, Snowy Red, de la bonne camelote dont on a déjà parlé dans ces pages.

Comme toutes les pépites jamais rééditées, le disque a pris un peu de valeur. Il vaut dans les quarante euros en bon état, mais une version nickel peut valoir le double. (Phil)





dimanche 1 novembre 2026

Borghesia – Clones

Les disques de Borghesia ont été accessibles en Europe de l'Ouest à partir de 1987 et l'édition par PIAS en Belgique de No Hope No Fear. Le quatuor avait rejoint une écurie prolifique sous pavillon EBM. Les productions antécédentes sont restées confidentielles pendant longtemps en dehors de la Slovénie - on parlait encore de Yougoslavie.

Depuis, deux antiques albums ont été réédités par Josh Cheon : Clones (1984) et le plus EBM Ljubav Je Hladnija Od Smrti (1985). Dark Entries est coutumier de ces déterrements courageux. Clones n'avait jamais reçu le traitement d'une édition en vinyle, c'est chose faite : une belle occasion de découvrir une musique électronique presqu'uniquement instrumentale, très cinématique.


Le disque dans l'ensemble navigue plus près du territoire minimal wave que de l'EBM. Il contient plusieurs morceaux fabuleux comme la série des Secret Affair, déclinée en trois temps, ou Z.M.R., titre devenu classique.


La musique tranche avec le premier album éponyme, beaucoup plus orienté guitare comme une grande partie des groupes post-punk yougoslave, Paraf en tête. Ici, pas d'influence Talking Heads audible, on se rapproche plutôt de Laibach, dans l'esprit théâtral.


Le groupe a survécu à un hiatus de vingt ans pour revenir en 2014 avec un album pop And Man Created God, que je ne goute guère, lui préférant largement Un Chant d'Amour, composé en 1986 et finalement mixé et produit en 2021.

Clones, longtemps épuisé dans son pressage de 2012, est à nouveau disponible chez les distributeurs. C'est le moment ou jamais. (Phil)






samedi 31 octobre 2026

vendredi 30 octobre 2026

Martin Dupont – Kintsugi

Je n'aurais pas parié sur un retour gagnant du groupe emmené par Alain Séghir. Pourtant cet album paru des décennies après la sainte trilogie Just Because, Sleep Is A Luxury et Hot Paradox tient la comparaison. Heureux qui comme Ulysse a fini par retrouver le bercail.

L'album est constitué de morceaux des années 80, souvent déjà entendus à l'état de maquette. La première écoute stimule la mémoire. J'ai ressenti un grand frisson en entendant une nouvelle version de The Light Goes Through My Mouth, déjà présent sur la réédition de Sleep Is A Luxury en CD par Infrastition. Ce mix 2023 absolument parfait se danse jusqu'au petit matin.



On retrouve aussi He Saw The Light, dont la nouvelle version s'écoute bien, sans apporter grand chose de neuf. J'aime aussi beaucoup la transformation de Top Of The Pyramids. 


Autre ravalement réussi, Love On My Side, bonus sur une réédition CD, assoit le disque dans le genre synth-pop. La touche féminine des chœurs réalisée par l'équipe originale ajoute la pointe de nostalgie qui emballe l'affaire. Le fan de Martin Dupont aura déjà craqué, le nouvel initié pourra être séduit.


En 2025 Martin Dupont a sorti You Smile When It Hurts, un album composé récemment où on retrouve les éléments identitaires de ce groupe. Le résultat ne m'a fait pas sauter au plafond, je le trouve moyen. 

Le disque du jour, Kintsugi, se trouve encore en version CD et vinyle, produit respectivement par Infrastition et Meidosem. Il me parait évident que ces versions originales seront un jour très recherchées. (Phil)




jeudi 29 octobre 2026

Ritual - Songs For A Dead King

J'étais tombé sur une copie numérique de cette cassette à la fin des années 2000 sans trop savoir d'où ça sortait. La musique m'a plu, je m'y suis intéressé. Il s'avère que ce groupe post-punk anglais, associé à Southern Death Cult et Sex Gang Children, a sorti peu de disques, uniquement un 7" et un 12". Le plus dingue dans cette histoire, c'est que cette cassette est invraisemblablement mortelle !

Parue en 1981, elle a été rééditée dans le même format en 1983 en conservant je pense le son original d'un enregistrement Live dans une cave. Ça n'empêche pas qu'on y entende les meilleures compositions depuis un certain groupe de Manchester. 


Bien sûr, la qualité de la production gêne le confort d'écoute. Un peu d'expérience auditive de sons autoproduits, voire hardcore, aide à distinguer les intentions. Une IA proposera peut-être un jour une version augmentée de cette cassette. En attendant, j'absorbe en plissant les oreilles la réalité crue de cette démo.

Le groupe s'est séparé, le guitariste a rejoint The Cult, le batteur Theatre Of Hate, le chanteur et le bassiste ont formé In Excelsis avec un membre de UK Decay. De leur carrière éphémère en tant que Ritual ne reste donc en format long que cet album encore à l'état de maquette, dont il faut bien se contenter. (Phil)