Les querelles de clocher où l'on devise des différents genres musicaux ne m'intéressent guère. Savoir si Joseph Mascis plait davantage aux corbeaux, aux pigeons, aux chauves-souris ou aux libellules a-t-il vraiment un sens ?
Dans l'ensemble, j'aime son œuvre. Deep Wound bien sûr, Dinosaur Jr ensuite, et puis les autres groupes comme Witch. Et J Mascis + The Fog ! Très proche de Dinosaur par bien des aspects, je parle aujourd'hui d'un disque qui revient inlassablement sur la platine. Paru en 2002, il attaque avec Freedom, titre qui m'évoque le lien profond qui devrait exister entre musique et liberté, sans chapelle, sans gourou.
J'ai un peu l'impression que ce disque est passé sous les radars. Cette page veut modestement lui rendre hommage. Le pressage en vinyle parait essentiel, je réécoute le disque en streaming à l'autre bout de la France, persuadé que les mp3 ne valent pas un copeck comparés à une version physique sur du matos correct.
Tell The Truth semble égaré de Where You Been. Il fait partie des quelques morceaux pêchus sur le disque. D'autres morceaux comme Someone Said explore le monde des ballades magiques.
Le thème de la liberté transpire partout sur l'album. J'ai tendance à monter le son aux premières notes de Set Us Free. Un vieux réflexe.
Au chapitre "bonnes nouvelles (il y en a...), Cherry Red vient d'éditer un Dinosaur Jr – Live In Hollywood 1991 et un nouvel album de Dinosaur Jr parait le 28 aout 2026 sur Jagjaguwar. (Phil)
Comme Poeme Electronique, le duo néerlandais Nine Circles n'a pas été reconnu à son époque, c'est-à-dire environ deux ans au début des années 80. En revanche, pas de 7" sur une major à leur actif, les productions initiales s'étendent sur des bandes. Le premier CD compilation est paru en 1996, puis à partir de 2009, à l'initiative de la chanteuse Lidia Fiala, tout s'est accéléré. Genetic Music d'abord, Onderstroom ensuite, ont rassemblé les meilleurs titres sur un double album passionnant.
Le duo a le chic pour tirer le meilleur de chaque son de sa minimale musique. Le côté bricolage approximatif s'explique par des moyens privés, loin des studios manoirs. Pas du tout rédhibitoire pour moi, au contraire !
La version 2xLP de Genetic, label qui semble ne plus donner de nouvelles depuis 2023, a longtemps été rare et coûteuse. Le disque est à ce jour encore disponible chez Onderstroom, cette boutique me régale régulièrement.
Tu trouveras un paquet d'infos sur le site du groupe qui a repris vie sans Peter Van Garderen qui, lui, s'adonne à sa Passion. (Phil)
Les Swans tournent encore, jouent trop fort (à mon goût), ont perdu un paquet de musiciens des "grandes" années : Kizys, Parsons, Jarboe... mais les Swans sont toujours là, captivants.
En 1987, j'aurais pas parié dessus. Le groupe prenait un virage, moins tribal, moins rythmé, décevant pour certains, réjouissant pour d'autres. Neurosis suivra le même chemin chamanique quelques temps plus tard.
Children Of God s'affirme donc mystique, la dévotion affirmée à on-ne-sait quel degré. Après une ouverture en fanfare, l'album s'étire de ballades en déclamations lyriques, plus proche de Dead Can Dance que de Foetus. Our Love Lies représente un condensé de l'atmosphère curieuse, presque paranoïaque, du disque.
Comme son compère White Light From The Mouth Of Infinity (voir archive), Children Of God dans son excellente pochette signée Laura Levine se conserve précieusement en format 2xLP. Je recommande le pressage anglais original, Product Inc sous licence Mute, qui sonne du feu de dieu. Forcément. (Phil)
Peut-on appeler Twice A Man les 242 suédois ? Comme ça, pour les décrire rapidement pourquoi pas ? Il y a quelques similitudes : le style, surtout avec le 242 de Geography, la longévité, mais aussi de nombreuses différences. Je les situe quelque part entre Clan Of Xymox et Borghesia.
De 1982 à 1988, le duo Söderqvist et Gasleben a sorti huit albums, de Music For Girls à Driftwood, tous remarquables, tous différents. Des musiciens sont venus épauler le tandem. Parmi ces disques, The Sound Of A Goat In A Room présente la particularité de ne pas avoir été édité en vinyle. C'est le seul. Il est sorti originellement en cassette en 1983, puis en CD des années plus tard. Je ne serai pas contre un bel LP.
C'est à la fois une musique qui occupe efficacement le dance-floor, mais aussi qui dessine un paysage cinématique avec des passages atmosphériques non-chiants. L'ambiant peut avoir tendance à la pompe, mais pas ici. Rétrospectivement, c'est assez incroyable qu'un bijou pareil n'ait pas été édité en vinyle à l'époque. C'est encore plus dingue qu'il n'ait pas été repressé depuis.
Balloons comporte deux parties, comme certains titres de Talk Talk ou d'Underworld : une intro planante et longue, puis une rupture percussive originale, presque néofolk. Note que le morceau sera réenregistré sur l'album From A Northern Shore. Boulette.
Des variations du thème Goat apparaissent trois fois sur le disque. La mélodie de guitare de Goat III m'évoque Pink Floyd et inscrit définitivement le groupe dans un genre pop synthétique cinématique.
Le CD commence à être chaud à trouver, je te conseille de ne pas t'endormir dessus si tu ne l'as pas encore. Une grande partie de leur discographie est accessible sur bandcamp et les autres accès que tu connais bien.
Groupe Nord-américain emblématique du son "métal indus" du milieu des années 80, Filter et son mentor Richard Patrick (ex-Nine Inch Nails) ont débuté avec Short Bus, un album inscrit dans son époque, entre Helmet et Nine Inch Nails justement. On est dans le corbeau à bec dur et chaussures coquées. Hey Man Nice Shot en heavy rotation sur MTV, pour ceux à qui ça cause. L'album mérite qu'on dépasse la case Jump metal. Par exemple, Consider This.
On peut ajouter Tool, Ministry, Killing Joke sur Pandemonum dans les jalons, selon les morceaux. Dans les perles perdues brille It's Over, qui semble échappé d'une démo de Nirvana.
Ayant lâché le groupe de vue depuis très longtemps, j'ai été surpris de constater que ça joue encore. 8 albums dans leur discographie, le dernier The Algorithm est paru en 2023. Le groupe évolue toujours dans les mêmes sphères.
Les versions vinyles de Short Bus se limitent au pressage US 1995, le disque est donc rare en Europe. Il existe depuis 2014 des rééditions chez Music On Vinyl, probablement masterisées depuis un CD. Ça fait le job. Sinon, la version CD d'époque sonne de folie. (Phil)
Anna Logue Records, label du nord de l'Allemagne, vient de rééditer un disque qu'il avait déjà fait paraitre en 2009. Le format 2xLP a été conservé sur la version 2026, il s'agit en fait plus d'une compilation intégrale que d'un album. Voici une unique occasion de poser les oreilles sur ce bout de vinyle, la première édition est épuisée et les autres disques ne courent pas les bacs.
Poeme Electronique, comme son nom ne l'indique pas, venait d'Angleterre et reprenait la recette "2 garçons, 2 filles" fameuse dans le monde de la pop. Car c'est de pop complètement électronique qu'il s'agit, synth-pop comme il est d'usage de dire dans les milieux autorisés. Cette bonne musique a d'abord suscité l'intérêt d'une major (Carrère) avec en 1982 un très chouette 7" "The Echoes Fade / V.O.I.C.E." .
Puis le groupe s'est volatilisé sans sortir tous les titres, un potentiel album, écrits en 81 et 82. On retrouve sur ce disque une flopée d'enregistrements inédits pendant trente ans.
Etonnement, aucun titre de Poeme Electronique ne figure sur les compilations Cherry Red. Pourtant, entre Visage et Human League, il aurait sa place. Je fais aussi une comparaison avec Nine Circles, groupe néerlandais à la trajectoire similaire et dont on parlera un de ces quatre.
Choisir trois morceaux pour cette page n'est pas une mince affaire, tant le disque est gavé de tubes. Je mets en lumière les accents minimaux de leur musique avec Fragile, morceau qui clôt le premier disque. Tu trouveras le complément d'info nécessaire sur le site du label Anna Logue. (Phil)
Any Day Now est-il un album néofolk ? J'entends rarement la référence alors que, artistiquement, la comparaison avec Current 93 est plus qu'évidente. 14ème album studio du groupe, Any Day Now ne marque pas de rupture avec ses prédécesseurs, l'identité voulue par Ka-Spel se précise ici et orbite dans une galaxie proche de celle de David Tibet. Il suffit d'écouter leurs productions respectives de la fin des années 80 pour s'en convaincre.
Dans la myriade d'albums, plus de quarante, produits par les Dots, une porte d'entrée est nécessaire et il me semble que Any Day Now fait bien l'affaire. Il présente une bonne partie de l'univers des Pink Dots, groupe qui occupe une place unique dans le vortex psychédélique musical terrien. On retrouve la voix typique de Ka-Spel, son phrasé et son accent surplombent une musique délicate, aux mélodies captivantes, pleines de l'étrangeté de certains titres perdus des Cure comme The Empty World.
La question Néofolk n'est finalement qu'une affaire d'opinion. Cet album reste un incontournable de la période et du genre, un disque qui s'écoute, se creuse, se conserve et vieillit très bien. Il s'écoute aussi bien évidemment en ligne, mais je vous assure que les vinyles d'époque sont très bien pressés et que ce genre d'objet mérite la qualité sonore analogique. (Phil)